Perspectives

Le pacte Papin lève le frein fiscal. Il ne lève pas celui qui bloque vraiment.

Quatre mesures annoncées pour doubler les reprises d'entreprise par les salariés. Elles s'attaquent au coût. Or ce n'est presque jamais le coût qui empêche une transmission d'aboutir.

10 septembre 2026 · Lecture 6 min · Transmission

En bref

Le pacte Papin est un ensemble de quatre mesures fiscales annoncées le 10 septembre 2026 par le ministre des PME pour encourager la reprise d'entreprise par les salariés. Ce n'est pas encore une loi. Les mesures allègent le coût de l'opération, elles ne traitent pas la raison pour laquelle la plupart des entreprises ne sont pas reprenables : la dépendance au dirigeant, que les dirigeants eux-mêmes surestiment presque toujours faute de l'avoir mesurée.

Ce qui a été annoncé

Que contient le pacte Papin ?

Le pacte Papin est une annonce ministérielle du 10 septembre 2026. Aucun projet de loi n'a été déposé, aucun amendement voté, aucun texte promulgué. Les mesures ci-dessous peuvent être modifiées, réduites ou abandonnées. Ne calez aucune décision de cession sur leur adoption en l'état.Statut vérifié le 10 septembre 2026

Le dispositif est calqué sur le pacte Dutreil, qui facilite les transmissions familiales, mais il vise les salariés qui rachètent leur entreprise. L'objectif affiché est de doubler les reprises de TPE et PME par leurs salariés, aujourd'hui de l'ordre de 6 500 par an. Le coût budgétaire annoncé est de quelques dizaines de millions d'euros.

Mesure annoncée Ce qu'elle prévoit Qui en bénéficie
Suramortissement sur le matériel de production 30 % de la valeur du matériel en déduction supplémentaire, portés à 60 % pour les entreprises de moins de 10 salariés. L'entreprise reprise
Droits d'enregistrement Ramenés de 3 % à 0,1 % sur la cession aux salariés. Les salariés repreneurs
Étalement de l'impôt sur la plus-value Ouvert au cédant qui accorde un crédit vendeur aux repreneurs. Le cédant
Abattement au départ en retraite Doublé lorsque la transmission se fait aux salariés au moment du départ en retraite du dirigeant. Le cédant

L'hypothèse implicite

Le coût était-il vraiment le problème ?

Tout le dispositif repose sur une hypothèse : si les reprises par les salariés sont rares, c'est qu'elles coûtent trop cher. Allégez la facture, le volume suivra.

Cette hypothèse n'est pas fausse, elle est incomplète. Un salarié qui envisage de reprendre son entreprise ne renonce presque jamais sur les droits d'enregistrement. Il renonce parce qu'il regarde l'entreprise de l'intérieur, et qu'il voit ce qu'un repreneur extérieur ne verrait pas.

Il sait ce que le dirigeant tient à bout de bras. Quels clients ne restent que parce qu'ils l'appellent lui. Quelles décisions ne se prennent qu'en sa présence. Quels arbitrages n'existent nulle part par écrit. Personne n'est mieux placé qu'un salarié pour mesurer cette dépendance, et personne n'a plus de raisons de s'en inquiéter au moment de signer.

Le paradoxe du dispositif : il rend moins cher l'achat d'entreprises que leurs propres salariés savent difficilement reprenables.

Sur le terrain

Ce que révèle un audit de reprenabilité

Dans un cabinet de conseil et de formation, tout indiquait une entreprise transmissible : croissance solide, carnet rempli, méthode propriétaire reconnue. Et pourtant les fondateurs ne s'en croyaient pas capables. Leur estimation, formulée spontanément : 65 à 70 % de l'activité reposait sur l'un d'eux, personnellement. À ce niveau, une entreprise ne se vend pas, elle se dissout avec son fondateur.

L'audit a mesuré cette dépendance ligne par ligne, mission par mission, en distinguant ce qui exigeait vraiment cette personne de ce qui n'avait simplement jamais été transféré. Le chiffre réel était de 30 %.

Ce n'est pas une bonne nouvelle, c'est une nouvelle différente. À 65 %, il n'y a pas de chantier possible, seulement un constat d'impasse. À 30 %, il y a un périmètre identifiable et un plan de plusieurs trimestres. La correction n'a rien eu de fiscal : certifier des formateurs pour que la méthode existe sans son auteur, et déplacer progressivement les relations clients clés.

La peur surestime toujours, et tant qu'elle n'est pas mesurée elle interdit d'agir. Combien de dirigeants renoncent à céder à leurs salariés sur une estimation qu'ils n'ont jamais vérifiée ?

Le schéma se répète ailleurs, dans l'autre sens. Dans une agence de communication, la dirigeante intervenait sur la quasi-totalité des projets sans le voir comme un problème. L'entreprise croissait, et devenait chaque année un peu moins transmissible, parce que ce qui croissait était sa charge à elle.

Aucun de ces deux cas n'aurait été débloqué par un abattement.

Quoi faire

Que faire d'ici là si vous pensez céder à vos salariés ?

Trois vérifications, qui ne coûtent rien et qui décident de tout.

Testez votre absence. Pas trois jours, trois semaines. Ce qui casse pendant ce temps est exactement ce qu'un repreneur achète ou refuse d'acheter.

Comptez les clients qui vous appellent vous. Pas l'entreprise, vous. Chacun d'eux est une part de valeur qui ne se transmet pas avec les parts sociales.

Regardez qui décide quand vous n'êtes pas là. Si la réponse est personne, vous n'avez pas une équipe de repreneurs potentiels, vous avez des exécutants qui le savent.

Ces trois réponses se corrigent, mais elles se corrigent en trimestres, pas en semaines. Le pacte Papin, s'il est voté, ne s'appliquera pas avant plusieurs mois. C'est exactement le temps qu'il faut pour rendre une entreprise reprenable.

Le meilleur usage de ce délai législatif n'est pas d'attendre le texte. C'est de rendre l'entreprise digne d'en bénéficier.

Questions fréquentes

Ce que les dirigeants demandent

Qu'est-ce que le pacte Papin ?

Le pacte Papin est un ensemble de mesures fiscales annoncé le 10 septembre 2026 par Serge Papin, ministre des PME, pour encourager la reprise d'entreprise par les salariés. Il est calqué sur le pacte Dutreil, qui facilite les transmissions familiales, mais s'adresse aux salariés qui rachètent leur entreprise. Il vise à doubler le nombre de reprises de TPE et PME par leurs salariés, aujourd'hui de l'ordre de 6 500 par an.

Le pacte Papin est-il déjà en vigueur ?

Non. À la date du 10 septembre 2026, il s'agit d'une annonce ministérielle. Aucun projet de loi n'a été déposé, aucun amendement voté, aucun texte promulgué. Les mesures décrites peuvent être modifiées, réduites ou abandonnées au cours du parcours parlementaire. Aucune décision de cession ne devrait être prise en tablant sur leur adoption en l'état.

Quelles sont les mesures du pacte Papin pour la reprise par les salariés ?

Quatre mesures ont été annoncées. Un suramortissement de 30 % sur l'achat de matériel de production, porté à 60 % pour les entreprises de moins de 10 salariés. Des droits d'enregistrement ramenés de 3 % à 0,1 % sur la cession aux salariés. Un étalement de l'impôt sur la plus-value pour le cédant qui accorde un crédit vendeur. Et un doublement de l'abattement sur la plus-value lorsque la transmission se fait au moment du départ en retraite du dirigeant.

Pourquoi si peu d'entreprises sont-elles reprises par leurs salariés ?

Le coût fiscal est rarement la raison principale. Ce qui empêche la reprise est la dépendance au dirigeant : les décisions stratégiques, les relations clients clés et les processus critiques reposent sur une seule personne. Et cette dépendance est presque toujours mal évaluée. Sur un cabinet de conseil et de formation que nous avons audité, les fondateurs l'estimaient à 65 ou 70 % de l'activité, la mesure a donné 30 %. À 65 % il n'y a pas de chantier possible, à 30 % il y a un plan de quelques trimestres. Tant que cette dépendance n'est pas mesurée, elle interdit d'agir. Aucun avantage fiscal ne corrige cela.

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